Coco Petitpierre et Yvan Clédat : Apprenez à danser l’« Inséparée »



« Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer ! »

Arthur Rimbaud, Le bateau ivre



Premier phénomène observé


La performance s’intitule Les aubes sont navrantes. Les corps de Yvan Clédat et Coco Petitpierre disparaissent sous des déguisements hirsutes, sortes d’épidermes de yaks sauvages ou de baudets du Poitou, reconnaissables à leurs longs poils qui s’emmêlent en poussant pour former des guenilles. Les premières impressions sont en effet animales. Même si ces silhouettes se tiennent la plupart du temps immobiles, du moins amorphes. À intervalles semble-t-il réguliers, elles se meuvent, sans donner l’impression de se dresser, pour venir se placer devant les pales d’un ventilateur. Homo ergaster amateurs de vent coulis. Épouvantails trapus plantés sur des bouts de banquise stylisée, formes plastiques qui feraient sculptures, par hasard ou par accident. Ces blocs parfaitement géométriques recouverts de peinture laquée bleue ont quelque chose de l’évocation d’une solitude. Cette solitude serait d’ailleurs moins un décor pour nos deux créatures qu’une insistance symbolique quant à leur caractère et à leur nature. Cela dure longtemps, à chaque fois le plus longtemps possible. (...)


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