FUNNY GAME – CLEDAT & PETITPIERRE

Clédat et Petitpierre se produisent souvent dans des lieux de spectacle vivant mais leurs œuvres s'ancrent résolument dans le champ des arts plastiques et c'est d'ailleurs en école d'art appliqué et non en art du spectacle qu'ils se sont formés. Il leur arrive néanmoins d'intégrer leur œuvre et de l'activer de leur corps.


Leurs sculptures existent donc à part entière et pourtant l'activation représente la partie vivante qu'ils y insufflent. Elle est une extension, une potentialité. L'activation doit être perçue comme une exploration entre la sculpture et le vivant et les deux artistes travaillent sur des états de corps et la transformation spatiale qu'ils provoquent. Et s'ils inscrivent leurs corps dans l'espace de l'œuvre, c'est parce que leur déplacement dans cet espace renvoie à des questionnements sculpturaux. Quand leurs corps se déplacent, c'est comme s'ils essayaient d'autres combinatoires, d'autres rapports entre les volumes, d'autres déclinaisons. L'introduction du vivant leur permet d'ouvrir l'éventail des possibles que génère la sculpture et, si j'osais le paradoxe, je dirais que le mouvement est inscrit dans la sculpture, et qu'il leur revient, à eux, par leur activation, de le révéler.


Lors de l'activation, les visiteurs, pour ne pas dire spectateurs, peuvent se déplacer, aller, venir, regarder le temps qu'ils veulent, comme on regarde une œuvre dans un musée. Mais lorsque les costumes sont « vidés » de leur part vivante, la sculpture fonctionne à part entière.


Dans leurs sculptures, on retrouve une association de matériaux très différents pour les costumes et les volumes. Les costumes peuvent être en tulle, en mousse, en cheveux, toujours très proliférant. Ici ce sont des poupées de chiffon. Les volumes, eux, figuratifs et stylisés, sont recouvert d'une laque automobile. Ils les appellent le mou et le dur.


Ce sont toujours des éléments volumineux dans lesquels les corps disparaissent. Totalement masqués, les personnages-costumes se rapprochent de la tradition carnavalesque et, si on se réfère aux couleurs, on peut penser aux Gilles de Belgique. Dans cet ordre d'idée, ils travaillent toujours avec des références simples que l'on peut identifier tout de suite et le burlesque fait partie de leur vocabulaire.


Dans Funny Game, qu'on doit pouvoir traduire par jeu drôle ou drôle de jeu, (jeu de rôles ?) on peut voir un ensemble de jouets surdimensionnés d'une chambre d'enfant, ou peut-être un jeu d'échec avec les rois qui s'affrontent près d'un cheval brisé ou encore celui de la Bataille de San Romano d'Uccello. On peut voir aussi les joutes moyenâgeuses des chevaliers avec leurs mouvements empêtrés par les armures. L'image du tournoi en introduit une autre, celle de l'amour courtois pour évoquer une figure importante de l'œuvre de Clédat & Petitpierrre, celle d'une géographie amoureuse qu'ils dessinent dans l'espace avec leurs rapprochements et leurs éloignements.


Clédat & Petitpierrre ne proposent pas de narration mais la richesse et les potentialités de leurs sculptures ouvrent, elles, de multiples champs de réflexion et d'imagination. C'est un jeu mais rien n'est plus sérieux que le jeu. Funny or not funny, that is the question.